Atelier d’écriture 207 : Un arbre

© Julien Ribot

© Julien Ribot

On m’a laissé à cet endroit, témoin de ce qui aurait pu m’arriver. J’aurais pu être un arbre fruitier. J’aurais été comme autour, labouré, cueilli, sillonné, taillé. J’aurais donné fruits et nourriture. Ici, je regarde, inutile. Je ne les aide pas. Je ne les nourris pas.

De l’ombre. Et encore, ici au milieu de nulle part je n’abrite personne. Un chemin passe devant moi. Ils passent ici, en bas. Mon ombre leur est inutile. Et, là, seul le brouillard matinal m’entoure, baigne mes pieds et le bas de mon corps.

Je suis arrivé ici sur l’aile d’un oiseau. Ou dans sa merde, je ne me souviens plus. Peu importe le siège, on va tous au même endroit. Et depuis j’habite là, beau et de plus en plus majestueux. Sauvage, ça se voit : je n’ai pas grandi tout droit. Je penche vers la gauche. Ou vers la droite ; ça dépend d’où l’on me voit.

Au moins, je ne suis pas comme ces soldats, au loin, aligné en rang comme des oignons. Tellement près les uns des autres ; aucune intimité. Ça donne ça, l’urbanisation. On vit les uns sur les autres. On n’a pas la place. Je préfère ma campagne.

Grandiose au milieu de nulle part. J’abrite les oiseaux ; la famille. Ils partent et reviennent comme la famille. Et le village gravite autour de moi. C’est ce que souhaite. Ils savent où revenir s’ils en ont besoin. Moi je ne bouge pas, je suis là pour eux.

En fait, je n’espère être qu’un guide pour ces petites pousses qu’on enlève dans leur tendre jeunesse. Juste leur montrer comment on peut grandir et rester. Seul, mais rester. Grandir et rester seul.


J’aurais voulu

« Laissons les bises, alizées aux voiliers, aux petits drapeaux de plage Colorés »

J’aurais voulu avoir ce mouvement. Cette musique qui entre en moi et qui renaît en mouvement. J’aurais voulu avoir cette peau noire pleine d’abdos et de vagues, de mouvements, d’imagination. Une peau qui vole, des bras qui attrapent la vague des sons. Un équilibre improbable, mais tellement stable. Un tourbillon d’expression. Une douceur qui se réveille pour me dire comment c’est bon.

J’aurais voulu avoir son sourire. Ses mouvements cassés, brisés dans leur élan, qui bégaient, secouent, hésitent d’assurance. Ses cheveux qui entourent sa sensibilité, son expression, son plaisir à danser. Sa passion à transmettre aux autres son plaisir à bouger, à exprimer cette énergie éolienne au fil de ses mouvements brusques.

J’aurais voulu avoir ses mimes, ses mouvements que j’ai vus naître il y a des années au Québec. Sa force, sa détermination à me faire comprendre ce qu’il entend. L’intensité du regard qui s’élance vers moi, l’assurance de pivoter en l’air en sachant qu’on saura retomber. La puissance de ce corps regroupé sur lui-même, explosant de la force du mouvement, de la musique.

J’aurais voulu avoir sa grâce, son équilibre et sa légèreté. Cette étonnante simplicité a bouger dans la musique. Cette paix à danser, à me dire ce qu’elle imagine entendre. Pousser son corps dans des mouvements incertains. Faire taire l’énergie, arrêter la dynamique. Juste un pied qui roule, un regard qui oublie où nous sommes. Puis laisser le libre retour de toute cette énergie, cet stabilité incohérente.

J’aurais voulu avoir la plénitude de leurs sourires, du plaisir de leur danse, de leur création. J’aurais voulu les connaître pour qu’il m’expliquent l’inexplicable. Qu’ils m’assurent que je ne me trompe pas.

Je voudrais pouvoir, simplement leur dire merci. Et à lui aussi.


Atelier d’écriture 204 : Come sail away

Je n’aime pas le froid. Me réveiller seul. Sentir l’air ambiant sur mes pieds. Savoir qu’il n’y a que moi pour réchauffer l’atmosphère de la chambre. Je découvre qu’elle est partie. Le DVD est resté sur la table. Connement, je pensais que ça lui plairait.

Lui il est là, juste à mes pieds. Prêt à s’éloigner. L’hélico en place, il attend les consignes. Il est là pour chercher ou pour aider. Moi je cherchais à l’aider. Je sais c’est foireux comme figure de style. J’ai rien d’autre, je me réveille à peine. En fait, il est sous mes ordres. Du moins c’est ce que je pense.

C’est peut-être le mouvement de l’air quand elle est partie qui me sort du sommeil. Son absence qui se fait doucement sentir. C’est pourtant elle qui a remué la couette toute la nuit. Elle n’a laissé que mes pieds découverts. À un moment, il n’y avait qu’eux de couverts. Elle part et abandonne derrière un coup de vent sur la fin de mon être.

Pas le goût de me réveiller. Je veux juste rester lové dans ses bras, étouffé dans sa poitrine. Rien d’opulent, sport oblige. Mais assez pour avoir envie de s’y blottir. D’y laisser mon souffle y réchauffer son ventre. D’y laisser mes lèvres surfer sur ses abdos encore durs, retourner m’abriter dans mon sommeil. Tant que je me repose sur elle.

Pourtant je sais qu’elle s’en est allé. Elle n’aime pas les séparations, les déchirements. Elle n’a jamais supporté de devoir me quitter, ne serait-ce que pour quelques mois. Donc elle disparaît avant que je ne commence ma journée. Elle préfère me voir partir seul. Elle suit le chemin déjà tracé, comme à notre habitude.

Son ventre me manque. Ses seins, ses hanches, cuisses, fesses, épaules, toutes emmêlées, entre-ouvertes, pressées contre moi, trop loin, si près. Ce qui me reste, encore une fois, c’est d’entrer en elle, la sentir tout autour de moi, vibrer avec moi, me prendre les épaules, les cuisses, les fesses. Ne pas devoir partir, demeurer ici.

Ces trop grandes vitrines me montrent un futur trop proche. Elle va mettre les voiles. Ce sous-marin va s’écarter doucement et la laisser s’éloigner. Et elle avec elle.

« Commandant, mon premier jour » qu’elle m’a dit avant de tirer la couette sur moi.

« On appareille demain »


Atelier d’écriture Bricabook #198: Quatorze

Sept stations. Elles nous séparent depuis que je t’ai laissé derrière. Triste de ne pouvoir être avec toi. Je dois rentrer, vivre. Faire avancer la maison. Remplir ce vide passager que tu laisse derrière. Reuilly-Diderot : une de ces stations entre là où on est et là où on va.

Huit. Cette ligne qui me mène vers chez moi. Loin de toi. L’infini sur le côté. Un souhait : te revoir très vite. Couper ces ceux cercles qui nous séparent, cet espace qui nous éloigne. Puis la vie reprend ses droits. Mes filles à la maison ; ce passé que tu ne connais pas

Neuf. Les minutes qui nous séparent depuis tout à l’heure. C’est ce que dit le site de la RATP que j’observe sans intérêt. Normalement, on regarde le temps qu’il nous reste. Aujourd’hui, bizarrement, je suis plutôt attentive au temps qui déjà nous éloigne.

Dix. Les mois qui nous joignent. Le temps depuis lequel je te connais. Ces quelques semaines qui ont hissé ma vie d’un ennui normal vers l’exhaltation de la rencontre, de la découverte et de la félicité d’enfin te rencontrer, de te voir entrer tranquillement dans mon existence.

Onze. Ce mois de novembre. Le mois des morts. Alors que chez moi, c’est le mois des naissances : trois, cinq, neuf. Mes frères, ma mère. Ils sont tous nés en novembre. Jamais compris cette affirmation. Pourtant, elle n’a rien à voir. Tous se préparent à la fête. Les cadeaux, le shopping qui débute. Même ma plus jeune qui a abandonné les chimères des enfants commence à découvrir le bonheur d’offrir, de partager ce moment privilégié. Je crois qu’elle a même prévue quelque chose pour toi. Pourtant elle ne devrait pas savoir.

Douze. Douce. Cette précieuse sensation d’être avec toi. Ce plaisir de me tenir à tes côtés, à savoir que tu seras là. Après. Mon regard flotte le long du ressac de notre rencontre, de notre vie qui frappe la rive de l’océan qui nous sépare ; il te trouve et se rassure : te voilà. À l’autre bout, je serai seule un moment et puis tu reviendras.

Treize. Tiens, c’est aujourd’hui : Vendredi treize ! Ce genre de journée où tous ces imbéciles craignent le pire. Les chats noirs, les échelles, tout le toutim. Très loin de moi tout ces superstitions. À la maison il y a les filles, ma vie qui m’attend. Derrière il y a toi et ta ville qui te fait vivre. J’aurais tellement voulu pouvoir être avec toi. Avec tes potes. Partager Paris que je n’ai connue que du mauvais côté.

… Je n’arrive même plus à retrouver ton numéro. 06 ça c’est certain. Puis 66 et puis 59 et puis plus rien. Je sors du métro et tout ce que je cherche ce sont ces nombres qui n’y sont pas, qui m’empêche de prendre contact. Et puis oui, je me souviens, j’ai toujours utilisé le jour de naissance de ma fille : 25. Et puis c’est le vide.

Je n’arrive pas à te joindre. Il me manque ce chiffre, les deux derniers numéros. Ces deux petits nombres qui me laisseraient dans le vague ; dans le doute. Ces nombres pourraient me permettre peut-être de savoir si tu vas bien.

Si j’avais trouvé quatorze, j’aurais su.


Avant-première

© Romaric Cazaux

© Romaric Cazaux

Pour Alice…

De l’eau, là, tout au bout du studio. Une pause, une petite, un peu d’eau. Pourtant, j’ai l’habitude depuis le temps. Depuis ces mercredis, toute petite, tout en rose et en fraîcheur. Mais là, aujourd’hui, ça me semble tout particulièrement difficile.

Déjà la barre au sol : quarante-cinq minutes de travail pour se mettre en jambe, commencer à sentir le mouvement. Pour une fois, je suis au top : tout passe merveilleusement bien.

Puis une heure de barre à s’en arracher la santé. Rien de brutal, juste tout emmené à la limite du supportable. Mon corps me fait mal. Je sens ce fil imaginaire me tirer vers l’infini, allonger mes jambes et mes bras, mon dos qui part vers le haut, y’a tout qui se barre !

Du coin de l’œil, je vois ce fichu ruban sur ma pointe gauche. Depuis que j’ai douze ans que je couds mes pointes, que j’ajuste ces rubans pour qu’ils tombent à la perfection, qu’ils tiennent bien la cheville. On penserait que c’est devenu une routine ; bien non, je me plante encore et toujours. Il n’y a vraiment que maman qui les réussit à tout coup.

Des dizaines de pointes, je n’ose même pas imaginer combien j’en ai usé pour me rendre à ce moment tout approche. Changer de fabriquant, changer de modèle, changer de maker pour arriver à identifier laquelle est la plus confortable, laquelle me fait le plus beau coup de pied. Tout ça pour les mettre en pièce avant le premier service, puis tout remettre en place. Et puis quelques semaines d’utilisation intense et on recommence.

Enfin quelques minutes de répit, un peu de temps pour boire un coup et souffler. Repenser à ce qui m’attend, demain soir : mon premier rôle de premier plan.

Milliers d’heures de travail, déceptions, découragement, émerveillement, découvertes. Tout ça qui, depuis toute petite fait partie de ma vie au quotidien. Le conservatoire, les stages, les auditions, les refus. On s’habitue un peu, mais jamais tout à fait. Et la passion fait taire ces désillusions passagères, ces écueils qu’il faut trop souvent rencontrer si on veut en faire une carrière.

Puis un jour on nous dit oui. On nous offre un rôle, une sensibilité à transmettre, à exprimer. Quelqu’un à sublimer, à faire bouger, à qui donner la vie. Et on se retrouve petite fille, première fois sur une scène. À jouer à la maman, à pousser le caddie, à traîner bébé derrière soi. Et on réalise que depuis ce jour c’est ce qu’on fait : faire vivre son personnage, le mettre en mouvement, ajouter des émotions.

Demain, mes sens réchaufferont leur cœur, mon expression les emmènera loin, ailleurs, au bout de mes pas. Aujourd’hui, à l’avant-première, les chauffes entourent mes pieds de l’énergie de mon art, la force de ma passion, l’expression de mes rêves. Ils gardent à l’abri l’histoire de ma danse, le chemin de ma vie. Mes pieds n’ont plus qu’a le suivre.


Bricabook : Atelier d’écriture #193 : Pocahontas

 

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Le bord de l’eau, le bruit des vagues,

le son lointain des oiseaux.

Les mères au loin, la mer tout près,

copains d’été il fait chaud.

 

Des ronds dans l’eau, remous fugaces,

une tête qui réapparaît,

Courses effrénés, cheveux défaits

Un autre qui reprend la place.

 

Que des journées, moments gravés

Espaces de liberté

Que des images intemporelles

tenaces et éternelles.

 

La plage ouverte, le sable fin,

Une page blanche, opaline.

Un vent salin, soleil levant

Retour dans l’onde cristalline.

 

Le goût du sel, le goût du large,

de se laisser transporter.

L’appel du fond, le noir abîme,

de se laisser enfoncer.

 

L’envie de l’air, l’envie de vie,

le feu dans les poumons.

La peur du noir, le chant du vide,

De fondre dans cette nuit.

 

Refaire surface, revoir le ciel,

refaire le plein de souvenirs.

Entendre le vent, le bruit des vagues,

C’est toute l’atmosphère qu’on aspire.

 

Des jeux d’enfants, défis stupides,

limites qu’on cherche à connaître.

Le goût du risque, de l’infini

Une vie que l’on ne peut perdre.

 

Qu’on garde en soi cette folie,

ces jeux d’enfants, défis futiles

On reverra le vent, les vagues,

Et il nous restera ça.

 

Note : Rythme inspiré de « Pocahontas », Grand Corps Malade


Caribou

Une ancienne photo de l’atelier d’écriture de Bricabook que je n’ai pas eu le temps de publier mais qui me tient tout de même à coeur.

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C’est là que je suis né. Brouillard et contraste.

Les bois étaient la métaphore de ma personne.  Le « nickname » est devenu un avatar, un étendard une image de moi.

Là dans la brume, la fumée des festivités, l’étoile, le réverbère de St-Ex qui ne s’éteint jamais je naissais. J’arrivais en vie, une fausse vie mais une vraie existence.

C’était des bois de cerf, OK, mais des bois tout de même. On fêtait le printemps bientôt, la St-Patrick aujourd’hui, c’était le moment de faire la teuf.  Puis je me suis mis de coté pour réfléchir à ce que Caribou allait devenir.

Il serait bientôt connu partout dans le monde. Sur les cinq continents. Partout là ou personne ne regarde. Partout dans le monde et par peu de monde : cinq ou dix chinois connaissent Caribou; c’est peu.  Le monde c’est petit et c’est grand.

Xiang Hui, Felipe, Victor, ils connaissent Caribou. Je connais Caribou. Et pourtant peu le connaissent.

Il évolue dans cette nébuleuse sombre, entouré de geeks festifs, ou enragés.  Dans ce monde qui est sombre pour vous et qui pourtant rythme vos journées : facebook, tweeter, snapchat, tinder, jacquieetmichel.

Et oui, du cul il y en a aussi.  Parce que vous pensez que ça marche tout seul les sites de boules ? Les plus gros budgets, les meilleurs techniciens, les tops sont chez eux. Mmike est chez nous maintenant et il connait son ancien monde. Il est as si loin, en Croatie.  Deux cent sites web gérés par une équipe de trois ou quatres tecchies; normal.

Vous ne connaissez pas; vous ne voulez pas savoir.  Vous espérez que WordPress sera là pour vous et vous ne savez même pas que son ancêtre est né en France (b2/cafeblog). Et pourtant ils sont toujours là, derrière ce que vous faites, derrière vos tweets, vos Likes, vos billets.

On est là, on bosse.  Dans la brume, dans le brouillard. On grouille, on code, on encourage les petits jeunes à venir nous rejoindre.  N’est-ce pas Malo ? On s’éclate. Et on écris.

Des lignes de code, des commentaires, des explications et des textes.  Partout où la lumière peut jaillir, où les bites font des petits, on est là.

Et ce soir là, j’étais là, Caribou, les bois en l’air avec les amis, dans le brouillard, à imaginer ce que je serais ensuite.

A vous permettre de médire sur Internet…


Atelier d’écriture Bric à Book #34 : Les Zadistes

On ne sait pas si la mousse est arrivée avant les mousses. Les cadavres, le reste des assistants à l’oubli jonchent le sol alors que la nature tente de reprendre la maîtrise ce cet espace maintenant vide.

Nous y avons vécu pendant plusieurs semaines. Protégés au moins de la pluie et de l’humidité de la nuit. Maintenant, le froid s’installe et même là ça devient trop froid. On va chercher ailleurs le refuge minimal. L’endroit où l’on peut se permettre de s’assoupir à l’abri des jugements.

Moi je dormais sous la bâche de plastique. Aujourd’hui, c’est une bouteille de pastis qui dort à ma place. Je ne sais pas qui a été le plus replis de p’tit jaune. Même en été, le plastique tenait au chaud. Il y avait au moins quelque chose entre moi et la nuit.

Puis on a dû partir, le coin grouillait de flics. Des CRS partout, on n’a pas compris. Au début, on croyait que c’était pour nous, qu’ils cherchaient à faire du ménage. Puis après plusieurs passages près de nous sans que personne intervienne, on a réalisé qu’ils étaient là pour d’autres. On s’est tenu à carreau le temps qu’ils disparaissent puis on s’est barré.

Ce sont les gens du village qui m’ont expliqué. Un d’eux avait eu la gentillesse de m’offrir sa chaleur et un café. Le patron du troquet, le seul des alentours. Il m’a dit qu’ils recherchaient des « zadistes » ou quelque chose comme ça. Ceux-là venaient pour protéger la nature, les oiseaux, ce genre de connerie. Ils n’ont pas besoin d’être protégés, les oiseaux, ils s’envolent.

Un jour, j’espère que nous on fera parti des « Zautres à défendre »


Roch Plante

Tu l’as dit Mamie, la vie il n’y a pas d’avenir là-dedans, il faut investir ailleurs.

Effectivement, j’aurais du investir ailleurs.

Pas longtemps avant mon départ pour la France, à Montréal, j’étais chez René, un ami que j’ai malheureusement perdu de vue.  Y m’en  reste  plus que deux, il faut que je les épargne.

Donc un jour, de passage chez René, je découvre de l’autre coté de la rue, la Galerie Pink.  Elle expose des oeuvres de Roch Plante.  Parce que j’ai la radio, je sais qu’il s’agit de Réjean Ducharme.  Je passe donc à la galerie, regarde son travail.  J’y ai même laissé un mot dans le livre d’or de l’exposition.

A l’époque j’étais jeune.  Je pensais que je n’avais pas d’argent et je me préparais à partir pour la France.  J’ai donc abandonné l’idée de m’offrir une de ses oeuvres. C’était trop cher.

Ben quoi, deux-cent piastres, c’est pas rien.

Pourtant je savais c’était qui, Roch Plante. Je l’avais l’argent.  Pourquoi j’ai hésité, puis refusé d’acheter une oeuvre d’art ?  Pourquoi j’ai laissé parler ma raison plutôt que mon envie ?

J’ai appris.  Je ne suis pas un collectionneur mais depuis, ça m’a enseigné à ne pas hésiter sur ces coups de coeur.


Décrisse !

Bon. J’ai mon crisse de voyage ! Je voulais mettre ce billet sur FB mais il a plus sa place ici.

Si vous ne prenez pas la peine de vérifier la source de ce que vous partagez, que vous cliquez « Partager » ou « J’aime » sans savoir si c’est vraiment vrai ce que vous lisez, je vous vire tout simplement de mes lectures. Fini. Oublié.  Vous serez toujours dans la liste de mes « contacts » FB mais je n’entendrai plus parler de vous. Du moins par là.
N’y voyez pas de haine, seulement que vous colportez des informations fausses, vous faites partie de la rumeur. Il n’y a pas si longtemps vous auriez dénoncé le voisin sans trop vous poser de question.  Vous auriez raconté des histoires à propos ce ce voisin qui ne sort pas le vendredi.  Celui au nez crochu.  Celui qui est plein aux as vu d’ou il vient.

Vous partagez parce que ça vous arrange.  Vous partagez sur Facebook comme vous votez, sans vous poser de question.  Vous me jeterai la pierre et vous aurai peut-être raison :

Tu ne vote pas, tu n’est même pas français, donc ferme ta gueule

Ben non, voter ce n’est pas se donner le droit de l’ouvrir ou non.  Ce n’est pas ça la démocratie.  La démocratie c’est le droit de parler librement.  De dessiner des conneries qui choquent certains.  De pouvoir afficher son homophobie ou sa peur des religions.  La démocratie, c’est le pouvoir de s’afficher comme un con.

Mais quand je vois tomber une « alerte enlèvement » qui date d’un fait divers de 2007, quand je vois une citation tendancieuse qui semble trop facile je me questionne, je m’interroge.  Quand je vois « light » ou « bio » sur un paquet de biscuit ou sur un politicien, je me demande.  Vous, vous cliquez « Partager » ou « J’aime ».  C’est votre problème.

Je taquine la cinquantaine.  J’ai décidé, un jour enjoué, de cesser de me censurer pour faire plaisir aux autres.  C’est ce que je fais depuis cinquante ans à peu près.  C’est Corine Couturier qui m’a donné l’idée un jour ou je lui demandais son avis à propos de la culture viticole en biodynamie.  Sa réponse :

« J’ai plus d’un demi-siècle. J’en ai rien à foutre de ce que les autres pensent. »

J’ai été surpris alors et un peu hébété.  Aujourd’hui je comprends mieux et j’ai envie de faire miens son affirmation.  Vous avez entendu ce que vous souhaitiez entendre de ma part depuis cinquante ans, bientôt j’en aurai fini.

En attendant, vérifiez les conneries que vous relayez.  Vous ajoutez au bruit de fond qui enterre l’important.